Garde à vue


La pièce

Le soir du 31 décembre, Jérôme Martinaud, notaire, est convoqué au commissariat pour témoigner sur l'assassinat et le viol de deux petites filles. Les inspecteurs Gallien et Belmont, persuadés de la culpabilité du notable, le mettent en garde à vue et
essayent de le faire avouer. Mais l'affaire piétine... C'est alors que madame Martinaud, la femme du suspect, fait un témoignage décisif pour l'enquête.

 



DU LIVRE AU CINEMA

Au départ, il s'agit d'un polar anglais "Brainwash" de John Wainwright (1979), édité en France par Gallimard sous le titre "A table" en 1980. C'est à partir de ce roman que Jean Herman (alias Jean Vautrin) a écrit, pour Claude Miller, le scénario de "Garde à vue" (1981)collaborant avec Michel Audiard  pour les dialogues, ce qui leur valut, à tous deux, en 1982, le César du meilleur scénario.

Le film connut un succès mérité et l'on se souvient évidemment de ses magnifiques interprètes: Michel Serrault (qui obtiendra le césar pour le rôle de Jérôme Martinaud), Lino Ventura, Guy Marchand et Romy Schneider.

 



DU CINEMA AU THEATRE

Depuis si longtemps qu'ils rêvaient de monter une pièce policière, les "Tréteaux de Saint-Sauveur" se sont emparé du film de Claude Miller avec une gourmandise qui s'est heurtée à bien des problèmes techniques. Pas facile de faire entrer le cinéma au théâtre, même il s'agit d'un huis-clos. Une légère adaptation, quelques astuces de décors et une bande son évocatrice 

permettent au spectateur de ne pas perdre le fil d'une intrigue qui n'est pas "que" policière.  Derrière le suspens classique très bien construit par Vautrin, les dialogues « punchy » d’ Audiard, au delà du duel psychologique où, policier et suspect se
révèlent, petit à petit tels qu'ils sont, il y a surtout une histoire de couple d’une noirceur absolue, sujet central chez Claude Miller.

 



LES TRÉTEAUX DE SAINT-SAUVEUR...

Entament leur quarante-deuxième année d'existence. De Molière à Anouilh en passant par Labiche, Feydeau,Tchekhov, Obaldia, Tardieu, Grumberg, Calaferte, Thomas Bernhart, 

leur répertoire est on ne peut plus éclectique. 

L'esprit de famille qui anime la troupe est sans doute le secret de sa longévité. Pas de ségrégation entre comédiens et techniciens, pas de vedettes, pas de "grands" ni de "petits" rôles: chaque membre de la troupe est unique et respecté comme tel. 

Et chaque spectacle est une aventure collective dans laquelle des personnalités très différentes partagent les mêmes émotions et le même bonheur de jouer la comédie.

 






CLAUDE MILLER (1942-2012)

Diplômé de L'IDHEC dont il sort major en 1963 et après un stage effectué sur le tournage de "Trois chambres à Manhattan" de Marcel Carné, Claude Miller devient le "touche à tout" du cinéma. Acteur, régisseur, assistant-réalisateur, directeur de production... tous ces emplois lui permettent de côtoyer les plus grands réalisateurs comme Bresson, Demy , Godard et surtout Truffaut auprès duquel il travaille de 1968 à 1975. Cette année là, il signe son premier long métrage "La meilleure façon de marcher" très bien accueilli par la critique et le public. Son deuxième film "Dites lui que je

l'aime"  est , par contre, un échec cuisant. Claude Miller  tourne  alors des films publicitaires jusqu'à ce que sa carrière soit relancée par le producteur Georges Dancingers  qui lui confie la réalisation de "Garde à vue". La suite se résume en une brillante filmographie dont on retiendra, entre autres, "Mortelle randonnée" (1981), l'Effrontée"(1985) et "La petite voleuse" (1988), "La classe de neige" (1998), "La petite Lili" (2003) et son dernier film "Thérèse Desqueyroux" tourné l'année de sa disparition.


Nommé quinze fois aux Césars dont sept fois pour le César du meilleur réalisateur, Claude Miller n'obtiendra que deux récompenses: à Cannes, le prix du jury pour "La classe de neige"  et le César du meilleur scénario pour "Garde à vue".

 



JEAN (HERMAN) VAUTRIN (1933-2015)

 Récemment disparu, Jean Herman dit Jean Vautrin (en hommage à Balzac), laisse une oeuvre importante à la fois comme scénariste et écrivain.

Ancien brillant élève de l'IDHEC, ce bourreau de travail aura cumulé tous les emplois: assistant-réalisateur, réalisateur lui-même (5 longs et plusieurs courts- métrages), écrivain (une vingtaine de romans et de nouvelles dont le cultissime « Billy-ze-Kick »), scénariste (douze films) sans compter ses nombreuses collaborations littéraires.

En littérature, il est Jean Vautrin, lauréat de plusieurs prix dont le fameux Goncourt, en 1982, pour "Un grand pas vers le Bon Dieu". Pour le cinéma, il est Jean Herman, réalisateur de « Adieu l’ami », scénariste, entre autres, pour Georges Lautner (« Flic ou Voyou »), Gilles Béhat (« Rue Barbare ») et Yves Boisset (« Bleu comme l’enfer »).

 


MICHEL AUDIARD (1920-1985

 "Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnait" ("Les tontons flingueurs")

"Quand les types de 130kg disent certaines choses, les types de 60kg les écoutent" ("100.000 dollars au soleil")

"J'suis pas Lawrence d'Arabie, je traverse pas le désert sans boire" ("Du pissenlit par la racine")

...répliques cultes signées Michel Audiard et il y en a tant d'autres!

On connaît sa brillante carrière au cinéma (une centaine de scénarios et dialogues à son actif), on connaît moins bien l'écrivain. Pourtant, entre 1950 et1978, on lui doit dix romans dont le dernier ( "La nuit, le jour et toutes les autres") a reçu le prix des Quatre Jurys.

La gouaille du dialoguiste de cinéma cachait une sensibilité à fleur de peau et un réel talent pour l'écriture. La mort accidentelle d'un de ses fils, en 1975, donnera à son oeuvre une tonalité plus sombre. C'est à cette époque qu'il écrit les dialogues de "Garde à vue", preuve que Michel Audiard n'était pas que le faiseur de bons mots des "Tontons flingueurs".

 



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